Entreprendre, c'est apprendre à voir dans l'invisbile
Quand les petits signes deviennent des grandes directions
Il existe un moment très particulier dans la vie de tout entrepreneur : celui où l’on comprend que le chemin ne se construit pas devant nous, mais à partir de nous.
Ce moment ne ressemble ni à une révélation, ni à un grand tournant spectaculaire.
C’est souvent un détail.
Un regard.
Une phrase.
Un souffle bref entre deux hésitations.
Je me souviens d’une formation que j’animais il y a quelque temps, dans une salle où l’air sentait le café fraîchement préparé.
Une vingtaine de participants, chacun avec ses doutes, ses envies, ses contradictions. Parmi eux, une jeune femme au regard déterminé, mais aux gestes hésitants. Elle suivait toutes les consignes, prenait toutes les notes, posait toutes les questions… sauf celles qu’elle se posait à elle-même.
À la pause, elle m’a rejointe.
« Docteure, j’ai un problème… J’ai une idée, puis une autre, puis encore une autre. J’ai l’impression d’être plusieurs personnes en même temps. Comment je choisis ? »
Je lui ai demandé :
« Et laquelle de ces idées t’a déjà fait agir sans que tu t’en rendes compte ? »
Elle a souri, un sourire de surprise. Elle ne s’attendait pas à cette question, mais elle savait déjà la réponse.
Parce que parfois, notre projet ne se trouve pas dans ce que nous pensons… mais dans ce que nous faisons naturellement, sans effort, presque sans intention.
Le projet commence toujours avant nous..
Ce jour-là, elle m’a raconté que depuis des années, elle aidait spontanément ses camarades à structurer leurs projets, comprendre leurs besoins, clarifier leurs objectifs.
Elle le faisait gratuitement, par passion, sans jamais imaginer que cela pouvait être… une entreprise.
Je lui ai alors dit :
« Ce que tu fais sans y penser vaut souvent plus que ce que tu forces à devenir une idée. »
Et c’est là que j’ai compris, encore une fois, que le projet commence bien avant la prise de décision.
Il commence dans nos habitudes, dans nos gestes, dans nos élans naturels.
Dans ces choses que nous faisons sans nous fatiguer alors que d’autres s’y épuisent.
Ce n’est pas l’ambition qui définit un projet.
C’est la cohérence intérieure.
Les petits signes parlent avant les grands objectifs
Quand on accompagne des entrepreneurs, on apprend à repérer ces micro indicateurs :
- L’étincelle dans les yeux quand ils parlent d’un problème précis
- L’élan naturel lorsqu’ils expliquent une solution
- La fluidité inhabituelle dans leurs gestes lorsqu’ils montrent un prototype
- La manière instinctive dont ils trouvent les bonnes questions avant les bonnes réponses
Ce sont des signes minuscules, mais puissants.
Et ils apparaissent bien avant qu’une idée devienne un projet, et qu’un projet devienne une entreprise.
Le jeune homme dont je parlais dans mon article précédent avait compris cela sans le formuler. Lorsqu’il s’est mis à observer ses futurs clients, il n’avait pas encore un projet… mais il avait déjà la posture d’un entrepreneur.
Il avançait.
Il testait.
Il ajustait.
Il apprenait.
Et c’est précisément cela qui crée la différence.
L’incertitude n’est pas une barrière : c’est un filtre
Beaucoup croient qu’il faut éliminer l’incertitude avant d’agir.
En réalité, l’incertitude n’est pas un obstacle : c’est un filtre naturel qui révèle ce qui compte vraiment.
Quand on marche dans le brouillard, on n’essaie pas de voir tout le paysage.
On cherche le prochain pas.
Et ce prochain pas, lui, est toujours visible.
Dans mes ateliers, je répète souvent :
« Ne cherche pas ce qui est clair. Cherche ce qui est possible. »
Parce que l’entrepreneuriat n’est pas une démonstration mathématique.
C’est une construction progressive, vivante, organique.
La véritable direction se trouve dans les micro actions
Quelques semaines après cette formation, la jeune femme m’a recontactée. Elle avait commencé à accompagner des étudiants de manière plus structurée, à analyser leur progression, à tester un premier cadre d’outils.
Elle m’a dit :
« Je crois que mon projet m’a trouvée avant que je le trouve. »
Cette phrase, je ne l’oublierai jamais.
Parce qu’elle résume la vérité que beaucoup découvrent trop tard :
Ce n’est pas toujours l’entrepreneur qui trouve l’idée.
C’est souvent le besoin qui trouve l’entrepreneur.
Le rôle du marketing, dans tout cela, n’est pas de fabriquer une direction.
Il est de révéler la direction qui existe déjà.
Conclusion : Écoute ce qui insiste en toi
L’entreprenariat n’est pas un voyage linéaire.
Ce n’est pas un plan.
Ce n’est même pas un rêve.
C’est une conversation permanente entre :
- Ce que tu veux faire
- Ce que le monde attend,
- Et ce que ton instinct répète sans se fatiguer.
Si tu veux avancer, ne cherche pas la certitude.
Cherche ce qui insiste en toi.
Ce qui revient.
Ce qui te ressemble.
Ce qui te soulage au lieu de t’alourdir.
Parce que le vrai projet n’est pas celui que tu imagines.
C’est celui qui continue d’exister même quand tu essaies de l’ignorer.
Et une fois que tu le reconnais, le brouillard ne disparaît pas…
Mais il devient enfin respirable.
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